
Regards croisés :
surface oculaire, inflammation, glaucome, cataracte et injections intravitréennes
Auteurs : J-F Girmens1, B. Wolff 2
Résumé
Les injections intravitréennes (IVT) sont devenues la référence du traitement de nombreuses pathologies rétiniennes. Toutefois, leur utilisation à grande échelle soulève de nouveaux défis cliniques. La gestion des intolérances à l’antiseptique de référence, la distinction entre inflammation stérile et endophtalmie infectieuse, la prise en charge de l’hypertension oculaire aiguë ou chronique sont autant de problématiques nécessitant une expertise qui dépasse le seul champ de la rétine.
Cet article propose une synthèse pratique des recommandations d’experts de différentes sous-spécialités pour optimiser la sécurité et la tolérance des IVT. De la préparation de la surface oculaire à la gestion post-injection, l’objectif est d’harmoniser les pratiques pour garantir le meilleur rapport bénéfice-risque à des patients engagés dans des schémas thérapeutiques au long cours.
Points forts
- Intolérance ou allergie à la povidone iodée. L’allergie vraie est exceptionnelle. La plupart des réactions sont des intolérances ou des toxicités épithéliales, gérables par la minimisation du temps de contact, un rinçage abondant et le traitement des pathologies de surface sous-jacentes.
- Inflammation stérile. Son étiologie reste débattue. Si la galénique (seringue préremplie vs flacon) est un facteur de risque potentiel, les inquiétudes initiales concernant les molécules à longue durée d’action sont aujourd’hui tempérées par des études de vraie vie plutôt rassurantes. La distinction entre inflammation stérile (précoce, indolore, sensible aux corticoïdes) et endophtalmie infectieuse est fondamentale et conditionne le pronostic visuel.
- Pics d’hypertension oculaire (HTO). Chez les patients glaucomateux, il est utile de prescrire un traitement hypotonisant avant injection voire, si nécessaire, d’envisager une paracentèse ou l’usage d’une aiguille de plus gros calibre pour favoriser le reflux.
- HTO cortico-induite. La prise en charge est graduelle (monothérapie topique d’abord). Le laser SLT est une option de deuxième intention efficace, à initier sur 180° pour minimiser le risque de rare mais sévère réaction paradoxale.
1 Service d’Ophtalmologie 4 et Inserm-DGOS CIC1423, Hôpital national des 15-20, PARIS
2Centre ophtalmologique Maison Rouge, STRASBOURG